
FrappĂ©e de plein fouet par la pandĂ©mie de COVID-19, une entreprise montrĂ©alaise spĂ©cialisĂ©e dans la vente en gros de matĂ©riaux de construction et de produits d’ébĂ©nisterie, Panex-El, s’est tournĂ©e vers sa police d’assurance pour l’aider Ă surmonter les difficultĂ©s financières provoquĂ©es par les pertes d’exploitation ainsi que les pertes de bĂ©nĂ©fice rĂ©sultant d’un sinistre. Cependant, l’assureur de l’entreprise, Intact Assurance, refusait de payer la rĂ©clamation pour pertes d’exploitation. Une demande en recours collectif contre Intact Assurance, qui pourrait affecter des milliers d’entreprises quĂ©bĂ©coises, est maintenant devant la Cour supĂ©rieure du QuĂ©bec.
Luc Savard, prĂ©sident de la petite entreprise Panex-El, a Ă©tĂ© forcĂ© de fermer son entreprise en raison de la dĂ©claration d’une urgence sanitaire par le gouvernement du QuĂ©bec le 24 mars dernier, selon la demande en recours collectif. L’entreprise de Luc a subi des pertes de plus d’un million de dollars depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie.
Afin de limiter ses pertes, Luc a fait une rĂ©clamation d’assurance auprès de son assureur d’entreprise, Intact Assurance, pour perte d’exploitation et pertes de bĂ©nĂ©fice rĂ©sultant d’un cas de « force majeure », c’est-Ă -dire pour des raisons indĂ©pendantes de sa volontĂ©. Intact Assurance a toutefois refusĂ© d’honorer la police d’assurance de Luc, affirmant qu’il n’y avait pas de dommages physiques Ă sa propriĂ©tĂ© et qu’elle refuserait donc sa demande.
« On s’attendait Ă avoir des discussions, pas un refus comme ça », a dĂ©clarĂ© Luc Ă La Presse. Selon l’avocat du recours collectif, Me Fredy Adams, le prĂ©texte invoquĂ© par Intact Assurance est que « ce n’est pas couvert par la police d’assurance. Nous trouvons ça dĂ©plorable. La police est claire : ça couvre les sinistres qui empĂŞchent l’exploitation de l’entreprise ».
La demande en recours collectif souligne que la partie demanderesse, Panex-El, n’est pas la seule entreprise assurĂ©e Ă souffrir de l’interruption forcĂ©e de ses activitĂ©s commerciales en raison de l’urgence sanitaire. La demande poursuit en insistant sur le fait que de nombreuses autres entreprises ont Ă©galement Ă©tĂ© privĂ©es de leur droit Ă l’assurance pour pertes d’exploitation.

Les membres du recours collectif comprennent Panex-El, ainsi que toute personne ou sociĂ©tĂ© « dĂ©tenant une police d’assurance d’entreprise avec [Intact] et qui a subi une perte d’exploitation ou des frais supplĂ©mentaires dans le cadre de la COVID-19 ». Des milliers d’entreprises peuvent donc se joindre au recours collectif, puisque Intact Assurance contrĂ´le environ 25 % du marchĂ© de l’assurance au QuĂ©bec, selon la demande en recours collectif.
Exclusions de couverture
Panel-Ex avait une police d’assurance « tout risque », qui couvre, tel que son nom suggère, tout risque pouvant directement atteindre les biens assurĂ©s qui ne seraient pas explicitement omis par le contrat. Cela signifie, selon la demande en recours collectif, qu’en vertu de cette police d’assurance, les exclusions de
couverture doivent être « expressément énoncées » dans la police.
« Or, ici, la police n’exclut pas expressément les pertes découlant en raison de la présence de la COVID-19 sur le territoire et de l’état d’urgence sanitaire décrété en raison du coronavirus. »
« Il va sans dire que l’imposition des mesures du décret [du gouvernement] et l’interdiction de l’accès aux lieux assurés a un impact sur les activités économiques des entreprises membres du groupe, lesquelles subissent un ralentissement, voire une interruption de leurs affaires », selon la requête.
RĂ©actions « indĂ©centes » de l’industrie canadienne des assurances face Ă la COVID-19
Me Adams a dĂ©clarĂ© le comportement d’Intact Assurance « indĂ©cent »  et invite l’industrie à « prĂŞter main-forte » pendant cette crise sanitaire. « Les compagnies d’assurances doivent aussi participer Ă cet effort collaboratif et elles n’ont pas l’air de vouloir le faire », explique-t-on l’avocat Ă l’occasion d’une entrevue avec La Presse.
Intact Assurance n’est pas la seule compagnie d’assurance Ă faire l’objet d’un recours collectif pour avoir refusĂ© de payer des indemnitĂ©s pour interruption d’exploitation au cours de la crise COVID-19. Des demandes en recours collectifs ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es contre les assureurs les plus importants du pays pour rupture de contrat en raison de leur refus de rembourser des demandes analogues survenues dans le cadre de la pandĂ©mie de COVID-19.
Parmi les compagnies d’assurance citĂ©es comme parties dĂ©fenderesses dans le recours collectif national, on trouve Aviva Canada Inc., Desjardins SĂ©curitĂ© financière compagnie d’assurance-vie, Economical Insurance, Intact Financial Corp., Lloyd’s Canada, Lloyd’s Underwriters, Northbridge General Insurance Corp., Royal & Sun Alliance, TD General Insurance Co., Wawanesa Mutual Insurance Co., Wynward Holdings, Wynward Insurance Group et Co-Operators General Insurance Company.
De nombreuses compagnies d’assurance s’appuient sur le principe de « force majeure », qui leur permet de rompre un contrat en raison de circonstances imprĂ©visibles qui les empĂŞchent de remplir leurs obligations contractuelles. Toutefois, Me Tony Merchant du cabinet d’avocats Merchant Law Group affirme que le fait que les interruptions d’activitĂ© actuelles soient plus graves que prĂ©vu ne justifie pas le refus du secteur de l’assurance de payer les indemnitĂ©s des clients.
Luc Savard reste néanmoins optimiste malgré ces temps difficiles. « Je pense que les compagnies d’assurances ont un rôle à jouer dans toute cette reprise, et surtout, pour la sauvegarde des entreprises du Québec. Beaucoup de PME risquent de tomber au combat », dit-il à La Presse.
ĂŠtes-vous un propriĂ©taire d’entreprise au Canada dont l’activitĂ© a Ă©tĂ© touchĂ©e par la pandĂ©mie de COVID-19 ? Avez-vous dĂ©posĂ© une rĂ©clamation d’assurance qui a ensuite Ă©tĂ© refusĂ©e ? Racontez-nous votre histoire dans la section « Commentaires » ci-dessous !
Les demandeurs sont représentés par le cabinet Adams Avocat.
Le recours collectif contre Intact Assurance est : Panex-El c. Intact Assurance, Dossier No 750-06-000006-202, devant la Cour supérieure du Québec.